Niki NEUTS

Publié sur ARTN'MAG








D'où vous vient cette croyance d'un grand cycle de la Vie, de la Mort et de la Renaissance ?


J'ai été élevée par mes grands parents jusqu'à mes 10 ans. Mon grand-père gardait un joli cimetière dans une ville de banlieue. C'était tout autant un cimetière qu'un jardin et un potager. J'ai vécu tout à côté des morts. Je veillais sur ces chers disparus qui habitaient derrière toutes ces pierres tombales. Ils étaient , pour moi, en transition, en passage d'une vie à une autre.... car la mort ne pouvait être définitive ! Je regardais leurs visages sur les tombes. J'imaginais leur devenir et ce qu'ils emportaient de leur vie passée. Leur mémoire de demain.


Comment cela influence-t-il votre travail ?


Je recherche toujours le mouvement, je veux rester abstraite mais ça finit toujours dans le figuratif ! L'abstrait c'est l'absence du vivant, et je reviens toujours à cette idée de Renaissance...mes dessins sont des naissances, qui animent le végétal, l'animal et l'humain. Mais je ne sais pas bien parler de mon travail. Ce que je fais c'est une exagération des émotions, une façon très personnelle de décrire le monde tel que je le ressens.


Pas de couleur dans vos oeuvres: un choix esthétique ?


Oui la couleur ce n'est pas assez moi ! J'ai abandonné la peinture pour l'encre après un voyage en Chine. L'encre est très vivante ! Tout reste et rien ne s'efface. Je dessine avec de l'encre blanche sur des cartons noircis, ou l'inverse. Il me faut changer les codes pour arriver à quelque chose de nouveau. Eliminer le beau qui n'est pas sincère. Je recherche le geste « brutal » sur des formats de plus en plus grands. La couleur distrait, j'ai besoin de plus de dépouillement, de pureté et de vérité...et c'est cette beauté là que j'aime offrir.


D'où vous viennent ces images, ces formes, ces êtres ?


La série Malavitaz m'est venu après mon retour de Chine, ces visages de femmes me sont apparus comme les portraits d'une galerie d'ancètres comme il y en a dans les couloirs des chateaux...


Un travail qui nous replonge dans nos racines ?


Oui, exactement, ma proposition c'est de solliciter la mémoire profonde du spectateur. Il y a des racines dans mes dessins, de petits morceaux de végétal, greffés sur l'humain ou l'animal. Des vraies racines qui s'enfoncent dans le passé.


Le trait, le fil, le fil de fer...pour figurer l'essence des êtres ?


Je leur donne parfois un peu de chair, mais oui c'est cela, juste la silhouette, la forme extérieure, et dans mes sculptures en fil de fer je veux donner envie d'entrer dans l'espace intime des êtres, de franchir ce passage, cette porte, qui mène au dedans de l'autre...


Un dernier mot?


Le fil de fer est également le fil conducteur qui matérialise le trait dans l'espace, qui permet que la perpétuelle mutation des êtres soit en contact avec l'espace qu'ils appréhende. Il me permet, avec des moyens "pauvres", cartons, tissus, objets de récupération, de plonger le regardeur dans un univers global, qui occupe la totalité d'un lieu en liant l'inerte et le vivant à travers de vastes installations.